LEDUC, BORDUAS ET GAGNON... par Bernard Blanchard (Regards sur la vallée du Richelieu, Printemps-Été 2005)
L'artiste à la barbe blanche, le poète de la lumière, comme on l'a surnommé, a été habité par les deux hommes dès le moment où il s'est installé à Mont-Saint-Hilaire, en 1970. "Quand je suis arrivé dans la région, Leduc et Borduas étaient déjà décédés. Mais je me suis rapidement lié d'amitié avec l'historien Armand Cardinal, qui m'a refilé un dossier épais comme ça sur ces deux peintres, y compris des tableaux et des écrits originaux d'Ozias Leduc..." Gagnon a tout dévoré. Il a visité les maisons des peintres, acheté des reproductions, rencontré Renée Borduas, puis sa mère Gabrielle Borduas, qui lui a fait apprécier un de ses bijoux, l'original d'une œuvre majeure d'Ozias Leduc, Les trois pommes. La fascination de Gagnon pour Leduc et Borduas lui a permis d'accoucher, en novembre 1990, au Manoir Gault, d'une magnifique exposition baptisée Au pays d'Ozias. Cet événement hommage aux deux grands peintres traduisait aussi l'attachement de Gagnon au patrimoine hilairemontais. Au menu, une conférence de l'historien Cardinal, de même que douze tableaux inédits de Gagnon, dont ceux de Leduc et Borduas qui ont servi à façonner la première page du présent cahier Regards. À l'époque, Marcel Gagnon parlait ainsi des deux hommes : "J'ai beaucoup d'admiration pour les grands Hilairemontais que furent Leduc et Borduas. Du premier, j'ai tenté de saisir la réflexion, la pondération, la sagesse et le mysticisme. De l'autre, j'ai essayé de faire ressortir l'anticonformisme, l'audace, le courage de même que la grande créativité." Leduc et Borduas n'ont jamais été les gourous de Gagnon, un des brillants élèves du frère Jérôme. Il n'a jamais cherché à les imiter non plus. Mais il y a tout de même lieu de tracer un certain parallèle entre lui et Leduc. Si Borduas était un nomade et un artiste à l'esprit fougueux, Leduc était davantage sédentaire, un artiste attaché à son coin de pays et habité d'un grand calme, exactement comme Gagnon. En plus, Leduc et Gagnon ont tous deux commencé leur carrière comme peintre décorateur. En 1983, sous les ordres de l'entrepreneur Rosario Cusson, de Drummondville, Gagnon a d'ailleurs participé à la restauration de l'église de Saint-Hilaire, qui avait été décorée quelques décennies plus tôt par le célèbre Ozias Leduc. Artiste dans l'âme S'il a toujours été artiste peintre, Marcel Gagnon a conservé son emploi de peintre décorateur jusqu'en 1988. C'est à ce moment qu'il a choisi de laisser toute la place à l'artiste. Membre de l'Institut des arts figuratifs (IAF) ainsi que du Regroupement des artistes en arts visuels du Québec (RAAV), Marcel Gagnon figure dans plusieurs livres d'art. Tout au long de sa carrière, il a fait l'objet de critiques et de commentaires on ne peut plus élogieux. Paul Gladu : "Gagnon est si visiblement attaché à ce qui relève du terroir qu'il se rattache peut-être malgré lui à la lignée des Horatio Walker, Clarence Gagnon, Suzor-Côté... Par son propre travail et par son enseignement, Gagnon représente une valeur sûre et positive. Avec patience et conviction, il contribue à améliorer le climat spirituel de notre pays." Laurent Bonet : "Tu es un véritable grand maître. Tes tableaux sont pleins de lumière et de tendresse. Le pastel, c'est toi." Gaétan Gladu : "Marcel Gagnon est un de ces peintres dont le regard pénétrant saisit toutes les dimensions des choses et des êtres. Son utilisation des clairs-obscurs, sa représentation unique de la lumière transposent de manière saisissante ses observations tant au plan pictural que philosophique." André Émond : "Après Clarence, il y eût Marcel... Bravo et merci pour cet héritage." Et quel héritage!
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