MARC-AURÈLE DE FOY SUZOR-CÔTÉ (1869-1937)

SUZOR-COTÉ n'aurait réalisé que cette oeuvre, que son nom mériterait d'être mentionné dans l'histoire de la sculpture au Canada. Ce groupe d'Amérindiennes, modelé au début de la période de production intensive de l'artiste dans le domaine de la sculpture, présente une composition à la fois dynamique et ramassée. Les trois femmes drapées clans leur grande couverture affrontent le vent. Elles marchent lentement, en retrait l'une derrière l'autre, vaquant à leurs occupations quotidiennes, le corps légèrement incliné vers l'avant sous les intempéries du climat.

On connaît au moins une petite étude du sujet que Suzor a esquisssée au fusain, conservée aujourd'hui au Musée du Séminaire de Québec (fig. 23a). Les traits rapides et adroits de ce dessin, composé tout en mouvement, sont à mettre en parallèle avec le rendu de la sculpture. Dans le fusain, la disposition des personnages est cependant inversée par rapport à l'oeuvre sculptée. L'Indienne à l'écart, qui sera coulée seule ultérieurement, est placée dans l'esquisse devant le groupe des autres personnages. Cette femme est suivie par la silhouette d'une enfant, que l'artiste n'a pas retenue dans la sculpture afin, de toute évidence, d'épurer sa composition.

Parallèlement à la réalisation du dessin et de la version définitive de la sculpture, Suzor aurait-il vu les Femmes hollandaises du sculpteur d'origine suédoise, Carl Milles (1875-1955). En effet, cette oeuvre avait été reproduite en août 1910 dans la revue londonienne The Studio. Cependant, si l'attitude des personnages de Milles présente des affinités avec la sculpture de Suzor-Coté, la configuration générale ainsi que la facture des Femmes de Caughnawaga en diffèrent par leur conception classique.

Même si l'oeuvre de Suzor investit pleinement l'espace, le fusain préparatoire permet de démontrer que le rythme mélodique du mouvement des personnages passe d'abord par le tracé de la ligne. A cet égard, L'Indienne seule, souligne toute l'importance du dessin par rapport au traitement des volumes.

Cette représentation évocatrice des Femmes de Caughnawaga laisse deviner également la présence, sous-entendue, d'un élément déterminant clans toute l'oeuvre de l'artiste, c'est-à-dire le paysage. Ces trois figures qui avancent lentement d'un pas majestueux ne sont pas totalement exclues du contexte quotidien dans lequel elles évoluent. Le vent les ramène à la dure réalité de leur milieu physique. Les visages personnalisés des Indiennes contribuent, en dernier lieu, à définir le caractère pittoresque de ce groupe.

Ce modèle en plâtre, recouvert d'une riche patine imitant le bronze, permet tout particulièrement de mettre en valeur les ombres et les lumières de cette sculpture.



"Femmes de Caughnawaga "
Suzor-Côté
Sculpture


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